

Côte d'Ivoire : Cybercriminalité, quand l'intimité devient une arme de vengeance
Dans l’ombre du numérique, des vies basculent en quelques clics. La loi n° 2021-893, dans son article 450-4, est pourtant formelle : diffuser ou tenter de diffuser des images à caractère sexuel est passible de deux à cinq ans de prison et d’une amende pouvant atteindre six millions de francs CFA. Malgré cette interdiction, la pratique persiste, brisant des réputations et exposant des victimes à des traumatismes durables.
BOM, une étudiante abidjanaise, pensait avoir trouvé l’amour à travers des échanges virtuels avec ML sur WhatsApp. Ce qui commença comme une romance numérique se transforma en cauchemar lorsque, après une dispute, ML partage une image intime de BOM dans un groupe intitulé « Ta go, c’est forcément ma go », un espace où certains jeunes testaient la fidélité de leurs partenaires. Ce geste, au-delà de la trahison sentimentale, allait déclencher un engrenage aux conséquences judiciaires lourdes.
Humiliée et bouleversée, BOM espérait que l’affaire s’arrêterait là. Mais la fuite de son image intime attira l’attention d’individus malintentionnés. Un inconnu la contacta, exigeant d’elle une somme de 80 000 FCFA, sous peine de voir d’autres photos diffusées. Face à son refus, il alla plus loin en la menaçant de représailles si elle ne cédait pas à des avances sexuelles.
Terrifiée mais déterminée, BOM décida de porter plainte auprès de la Plateforme de Lutte Contre la Cybercriminalité (PLCC). L’enquête, menée avec l’appui de l’Agence Nationale de la Sécurité des Systèmes d’Information (ANSSI), permit de remonter jusqu’aux auteurs du chantage. SMM, DAS et DAG furent identifiés et interpellés.
Devant les enquêteurs, SMM reconnut avoir agi par vengeance pour son ami ML, qui lui avait confié sa rancœur après la rupture avec BOM. Dans une logique de représailles, il avait partagé les images avec DAS et DAG, qui, à leur tour, avaient contribué à l’escalade du chantage. Ce qui n’était, au départ, qu’une affaire de cœur devenue publique s’était transformé en un cas avéré de cyberextortion.
Les regrets exprimés par les accusés ne suffiront pas à effacer les dommages psychologiques subis par la victime. Cette affaire rappelle que le numérique, s’il est un formidable outil de communication, peut devenir un terrain propice à la destruction de vies. Face à de telles dérives, la justice ne ménage pas ses sanctions, et chaque utilisateur doit mesurer la gravité de ses actes en ligne.
Jean Chresus, Abidjan


Communiqués
Côte d'Ivoire

Côte d'Ivoire

Côte d'Ivoire
