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Gabon: Tragédie de Massika, douze ans après
 
Massika

© Koaci.com - Lundi 24 Août 2015-A Le 24 août 2003, un bus transportant 21 personnes avaient été pris en étau par deux transporteurs de grumes à Masskia, à 27 km de Lambaréné, le chef-lieu de la province du Moyen-Ogooué ( centre du Gabon.) 19 passagers avaient péri dans cet accident qui avait ému la nation toute entière.

LE jour se lève sur Massika, chassant la nuit et ses mystères. Au fur et à mesure que les heures s’égrènent, le village se dépeuple. Hommes, femmes et enfants convergent vers la forêt environnante pour aller préparer les champs, qui recevront les plantes dès le début de la saison des pluies.

A dix heures du matin, Massika Search Massika n’est plus qu’une bourgade déserte et mélancolique. Pourtant, les klaxons de véhicules roulant à toute biture et les chants intermittents des coqs retentissent de temps à autre. Puis le silence oppressant de la journée reprend le dessus. Certaines habitations reflètent des signes de vie. Car, ce ne sont pas tous les villageois qui ont vaqué à leurs occupations.

Assis devant sa maison, Honoré Kassa, un homme d’une soixantaine d’années, ancien conducteur de poids lourd à l’ex-compagnie forestière du Gabon (CFG), aujourd’hui Cora Wood Gabon, contemple les passants. De temps à autre, il repousse, à l’aide d’un chasse-mouche, les moucherons et autres insectes qui viennent bourdonner à ses oreilles.

Il y a douze ans, sa famille et lui avaient vécu l’innommable: un minibus bondé en provenance de la ville voisine de Fougamou, qui tentait de rallier Libreville, avait été pris en étau et broyé par deux transporteurs de grumes, l’un chargé, qu’il tentait de dépasser, et l’autre, vide, qui venait dans le sens inverse. Dix-sept personnes - dont un journaliste, Joseph Mboundou Mboundou et ses quatre enfants - avaient péri sur-le-champ tandis que deux autres passagers avaient rendu l’âme à l’hôpital. Il n'y a eu que deux rescapés sur 21 personnes qui se trouvaient à bord du bus.

Cette tragédie se transforme peu à peu en mauvais souvenir. Elle a laissé sur son sillage de nombreuses familles endeuillées, des orphelins et des cimetières. A Massika, d’aucuns se remettent avec peine de l'angoisse. Ils sont encore pétrifiés par la singularité de la tragédie. « Le drame s’est produit il y a dix ans mais nous nous en souvenons comme si c’était hier », relève le vieux Kassa, qui en parle en signant.

PASSE TRAUMATISANT. Comme tous ses voisins, le sexagénaire avait été par la singularité du drame. Plusieurs personnes qu’il connaissait y avaient péri juste en face de sa maison. « J’étais en brousse. Ma fille était venue m’appeler en courant m’informant qu’un accident très meurtrier venait de se produire devant notre maison. J’étais vite venu m’enquérir de la situation. J’y avais trouvé des corps allongés partout. J’avais été très touché. Certaines victimes étaient des personnes que je connaissais. C’était l’accident de la circulation le plus meurtrier que je voyais », se souvient-il encore.

Son fils, Guy-Noël Kassa, la trentaine, avait lui-aussi vécu l'horreur. Certains accidentés étaient morts dans ses bras. Ses yeux, toujours grands ouverts, semblent fixer le néant. Il est des questions qu'il vaut mieux ne pas lui poser pour ne pas raviver le mauvais souvenir de la tragédie. Lorsqu’on lui demande de raconter la scène de cette terrible journée du 24 août 2023, il détourne la tête pour se réserver un moment de méditation et de discours intérieur.

Puis, il va chercher ses mots, loin dans sa mémoire. Ce qu'il avait vécu est difficile à décrire. Les yeux languissants, il se tourne vers le hangar jouxtant la maison familiale et pointe du doigt. « C’est là que nous disposions les corps inertes. Sur dix-neuf personnes qui se trouvaient à bord du bus, il y avait juste deux qui respiraient encore. Elles avaient vite évacuées à l’hôpital mais elles avaient finalement succombé à leurs blessures », se désole-t-il, précisant que le choc était d’une violence inouïe.

Douze ans après la tragédie de Massika, on voit que la population a encore du mal à enterrer ce passé terriblement traumatisant. Dans les têtes de certains riverains, ça ne tourne pas encore très rond. Au lendemain du drame, ils étaient nombreux à connaître des insomnies et à se réveiller la nuit le visage en sueur à cause de la singularité de cette tragédie, qui avait frappé leurs corps et leurs esprits. Pendant plusieurs mois, certains étaient contraints à des nuits cauchemardesques.

La tragédie avait eu des conséquences dramatiques sur la psychologie des jeunes, notamment les jeunes femmes. Certaines d'entre elles n'osent même pas parler de cet épisode douloureux. Réfugiées dans le monde de l'absurde, elles essayent toujours de comprendre ce qui s'était passé. Mais tout était allé trop vite. De douloureux souvenirs continuaient à défiler dans leurs têtes.

« Le chauffeur du bus s’appelait Salif. Ce n’était pas un fou du volant. J’avais voyagé plusieurs fois avec lui. Je ne comprends pas pourquoi il avait pris le risque de dépasser un grumier dans un tourbillon de poussière », une jeune habitante de Massika. « Je l’avais connu quand il était encore conducteur d’engin dans une société au sein de laquelle j’avais travaillé plusieurs années durant. Quand il passait ici, il s’arrêtait parfois pour me saluer », renchérit Honoré Kassa.

Pourtant, l’épave du bus qui jouxtait le théâtre du drame est désormais enfoui dans une broussaille. La route qui était couverte de la latérite a été bitumée. Les véhicules traversent désormais Massika Search Massika sans risque d’être piégés par un tourbillon de poussière lors des tentatives de dépassement. Le 12è anniversaire de ce drame passe sous silence. Aucune manifestation n’a été prévue, pas même un moment de recueillement.

DRAME NATIONAL. Les familles des victimes ne se seront donc contentées que de l’enveloppe de 100 millions de F CFA débloquées par le gouvernement pour les assister et de la messe de requiem célébrée, le 28 aout 2003 au stade omnisports de Libreville par l’archevêque, Basile Mvé, en présence des plus hautes autorités du pays de l’époque.

Il s’était agi d’une cérémonie grandiose à la mémoire de ces victimes. Plusieurs centaines de personnes, des proches et amis des disparus y avaient assisté. Accourus des différents quartiers de la capitale, elles avaient pris place dans les gradins du gymnase pour se recueillir au milieu des dix-sept cercueils exposés sur l’aire de jeu.

Larmoyantes, on les avait vues plongées dans une douleur inconsolable donnant lieu à des scènes d’hystérie, avec des cris stridents de femmes d’hommes en pleurs, se jetant au sol devant chaque cercueil. La cérémonie avait permis d’apprécier l’élan de solidarité partagée à la hauteur de ce drame terrifiant vécu à l’unisson comme un drame national.

Contrairement à ce qui se passe dans les pays sérieux, aucun monument dédié aux morts n’a été construit à proximité du théâtre du drame pour honorer la mémoire des victimes. « Avec un tel élan de solidarité, nous avions pensé que le gouvernement ferait construire un monument à coté du lieu de l’accident. Mais il n’en est rien jusque-là. C’est vraiment dommage », se désole un notable de Massika.

J M
 
 
18280 Visit(s)    0 Comment(s)   Add : 24/08/2015
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