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Edem KODJO : « Mon livre est un grand cri nègre »
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Par Aghu | 15/11/2010 | 11:02:59
::Article de la rédaction de Koaci.com au Togo ::

Edem KODJO
« Lettre ouverte à l’Afrique », c’est le titre du nouvel ouvrage de l’ancien Secrétaire Général de l’Union Africaine (U. A). Deux fois Premier ministre de la République du Togo, leader d’une formation politique qui se revendique de l’idéale panafricaine et auteur de plusieurs livres sur le Continent, Edem KODJO dans son adresse à l’occasion du cinquantenaire des indépendances africaines, fait un diagnostic sans complaisance de l’histoire commune et préconise un véritable programme pour mettre l’Afrique sur les rails du développement. A la veille du dédicace du livre à Paris, (siège de l’éditeur), M. KODJO a accepté de se s’exprimer sur le site panafricain www.koaci.com, sur ses motivations.


Vous venez de signer à votre actif, une nouvelle œuvre littéraire intitulée, « Lettre ouverte à l’Afrique cinquantenaire ». Quels besoins vous ont déterminé à vous adresser une fois de plus selon vos propres termes, au « Continent primordial » ?

Cinquante ans est un bel âge pour jeter derrière soi un regard rétrospectif en vue de faire le point, de tirer des conclusions et de définir de nouvelles priorités. Le cinquantenaire des indépendances africaines m’a interpelé. Je me suis mis à réfléchir sur le sujet et à questionner chacune de ces années par le prisme de mes actions propres, de celles des autres et des différents impacts que cela a eus ou n’a pas eus sur notre commune destinée sur le continent.

Le livre est un « grand cri nègre » (Aimé Césaire dixit) pour le réveil de l’Afrique.

Vous êtes connu pour être un homme politique qui prône la paix et la mesure voire la modération. On note cependant dans votre livre, une critique sur un ton parfois violent. N’y a-t-il pas là un paradoxe ?

C’est plutôt le bilan de nos cinquante ans d’indépendance qui est fait de contrastes, parfois trop appuyés peut-être. En faire le constat et en parler ne fait pas de vous un homme violent. C’est une lecture comme vous dites, qui est mesurée mais surtout lucide. Les actes d’amour apparaissent toujours tranchés parce que c’est de cela aussi qu’il s’agit entre l’Afrique moi.

Vous devez convenir avec moi que je me refuse toujours à me laisser aller à la critique facile et à m’ériger en donneur de leçon comme on le fait trop souvent quand il s’agit de l’Afrique. En tant qu’africain et un des acteurs majeurs pendant ces cinquante ans, je veux par cette ‘’Lettre ouverte’’ participer au débat, secouer l’Afrique, donner mon point de vue et témoigner dans une posture me permettant de reconnaître que nous avons eu des ‘’loupés’’ que des progrès ont été accomplis néanmoins, et surtout identifier tout ce qui apparaît comme une mission incontournable de la génération actuelle et à venir.

Même si vous trouvez que les Africains recherchent trop facilement des excuses à leurs problèmes de développement en pointant du doigt une certaine volonté de prédation des puissances extérieures, vous fustigez également les responsabilités des différentes couches de la société africaine, sans omettre celle de l’élite dont vous-même.
A quel degré situez-vous les responsabilités endogènes du Continent, dans les causes qui minent son développement ?

La réalité est tout cela en même temps. C’est ce qui importe pour l’avenir du continent, c’est comment éviter que les mêmes erreurs se répètent, que les responsabilités butent toujours sur les mêmes manquements depuis des décennies.

Cet ouvrage ne nie pas que les richesses de notre continent soient convoitées et que les conditions de leur transfert à l’étranger ne soient pas toujours transparentes. Il évoque aussi notre propre complaisance devant cette situation et notre propension à oublier que nous pouvons dire non, que nous disposons de marges de manœuvre malgré la rudesse de l’environnement qui nous entoure et la redoutable compétition dans laquelle nous sommes engagés et dont les règles ne sont point fixées par nous.

C’est vrai qu’il s’agit parfois de responsabilités partagées à des degrés divers mais je nous invite à nous affirmer davantage et à faire des choix selon notre lecture du monde et surtout selon nos intérêts.

Certains considèrent que votre « Lettre ouverte » est en réalité un programme de recadrage de la vision et de la méthode en vue de parvenir au développement du Continent. Votre avis sur cette appréciation ?


Vous avez dit les mots justes : Vision, Méthode, j’y rajouterai Audace. Oui, il nous faut de temps en temps, un certain mépris des obstacles et des dangers. Nous n’avançons pas parce que nous n’arrivons pas à tracer une voie et à la suivre scrupuleusement contre vents et marrées.

Nous faisons du surplace parce que nous gardons la vue basse, nous ne nous projetons pas vers l’avant et encore moins dans le futur. A quoi, à qui voulons-nous ressembler dans les vingt ans qui viennent ?

Le jour où nous aurons répondu clairement à cette question et que nous aurons défini les moyens pour y arriver, nous aurons commencé notre voyage vers le développement.

S’agit-il avant tout d’une œuvre littéraire ou alors d’un projet de société pour le Continent ?

Quand on se réfère au style et au souffle qui anime le livre, il s’agit d’une œuvre littéraire. Quand on analyse la profondeur de la réflexion, le diagnostic des problèmes et les solutions proposées pour y répondre, il s’agit d’un projet de société. En vérité, c’est les deux à la fois.

L’ouvrage est-il déjà disponible sur le Continent, sinon à quel prix les Africains pourront-ils se le procurer ?

L’ouvrage est édité par Gallimard et est disponible dans les librairies françaises depuis le 28 Octobre 2010 au prix de 12 euros. Le coût du livre en Afrique et plus particulièrement à Lomé dépendra des conventions entre les librairies de la place et la maison d’édition.

A quand la dédicace à Lomé ?

La dédicace aura lieu le Vendredi 3 Décembre 2010 à 17H à l’Hôtel Sarakawa de Lomé.

Aghu, correspondant de Koaci.com à Lomé
Edem KODJO | Développement | Lettre ouverte | Livre | UA | dédicace |
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